HENRI IV


HENRI IV
HENRI IV

Nul roi ne fut, de son vivant, plus passionnément discuté. Nul non plus ne fut, mort, plus pleuré, adulé. Nul crime politique n’a tant «choqué» les contemporains que l’assassinat du 14 mai 1610. Personnalité complexe, Henri IV est entré dans l’histoire française comme le symbole d’un monarque idéal, tel que pouvait le rêver l’opinion française de 1789; de même, il a servi de porte-drapeau à la Restauration.

En fait, ce Gascon était capable des pires coups de tête. Sceptique, indulgent, politique sachant pardonner, chef de guerre avisé payant de sa personne, il est, tout autant, l’autoritaire né. Peu porté à croire aux hommes, il s’est tourné passionnément vers les femmes, qu’il a aimées au point de leur donner, par moments, barre sur sa politique. Il serait aisé de multiplier ces contradictions. Suivre le destin de l’homme, le confronter à l’atmosphère générale d’une France en pleine crise, dont la moins grave n’est pas celle des mentalités: telle est la double nécessité qui, d’emblée, s’impose. Plus que l’atavisme, plus que les doctrines, ce sont les circonstances qui ont forgé le monarque. Et cependant, l’étonnant personnage qu’il s’est, en partie et très complaisamment, forgé lui-même domine une génération troublée.

1. La conquête du royaume

De l’adolescent au chef de parti

Né à Pau en 1553, il tient de son père Antoine de Bourbon (1518-1562) sa versatilité. Les trois conversions du roi ont été précédées par celles de son père, d’abord passé au protestantisme, puis retourné en 1560 au catholicisme. Mais il est surtout marqué par sa mère, Jeanne d’Albret, huguenote énergique et souveraine efficace d’une Navarre défendue contre vents et marées. Dès 1568, elle emmène l’adolescent de quinze ans participer au siège de La Rochelle, puis, en 1570, à la défense de la Navarre, pour le conduire enfin, le 18 août 1572, à ce mariage manqué d’avance avec Marguerite de Valois. Orphelin de père depuis 1562, sa mère morte peu de jours avant son mariage, Henri IV se retrouve sans famille. Il finira par faire annuler en 1599 ce mariage raté, et la raison d’État, ici financière, lui fera épouser l’année suivante l’acariâtre Marie de Médicis. Son premier mariage eut, du moins, l’avantage de le sauver de la Saint-Barthélémy, au prix, il est vrai, d’une première abjuration et d’une longue captivité dorée à la cour, dont il réussit à s’échapper au bout de quatre ans, en 1576.

Il se retrouvait à vingt-trois ans chef du parti protestant écrasé par l’événement de 1572, quand, en juin 1584, mourut le duc d’Alençon. Henri IV devenait l’héritier virtuel du trône de France. La guerre civile rebondit. Par-delà les épisodes de ce soubresaut suprême, la décennie 1584-1594 marque l’apogée d’une Ligue hostile à tout roi protestant. Le chef de guerre eut beau prouver son efficacité, battre le duc de Joyeuse à Coutras (1587), s’allier aux protestants allemands ou anglais, la Ligue, aidée par l’Espagne et la Savoie, bloquait l’accès d’un trône au demeurant chancelant. D’où le rapprochement avec Henri III qui, sur son lit de mort, le désignait comme seul héritier légitime (1er août 1589).

Le roi en quête de capitale

Face à l’homme de trente-six ans mûri sur les champs de bataille, la France se dresse divisée en trois partis: le protestant, le catholique, le «mal content». Il fallait, dans une première étape, souder catholiques et «mal-contents», transformer ces derniers en catholiques loyaux, amalgamer ces éléments hétérogènes en une armée cohérente. Les grands qui, presque par hasard, le soutenaient, n’entendaient pas jouer perdant. Une aisance personnelle déconcertante, un panache militaire éclatant, une prise directe sur les hommes lui permirent de réussir. Au surplus, la déclaration de Saint-Ouen lui avait rallié quelques évêques, dont celui de Nantes et l’archevêque de Bourges. Politique partielle qui devait, pensait le «roi titulaire», se décider par la prise de la capitale. Il tenta trois fois l’aventure: deux sièges (1589, 1590) soldés par un double échec, mal compensé par les brillantes victoires remportées sur le duc de Mayenne à Arques (23 sept. 1589) et à Ivry (14 févr. 1590). La décision militaire se révélant impossible, il fallait laisser jouer les divisions du parti adverse, attendre le moment propice. La manœuvre fut double. D’une part, le roi gagna progressivement le monde parlementaire et la haute bourgeoisie parisienne, épouvantés par les excès de la Ligue. D’autre part, le roi abjura le 25 juillet 1593 à Saint-Denis, pour se faire sacrer à Chartres le 27 juin 1594. Il pouvait, de ce fait, entrer enfin à Paris le 22 mars 1594.

On a longuement épilogué sur cette conversion. Qui ne connaît la phrase fameuse: «Paris vaut bien une messe»? Il serait vain de méconnaître le caractère politique de l’opération, recommandée par Sully, lui-même protestant convaincu. Il serait tout autant hasardeux de ne pas croire à la sincérité du roi. Quoi qu’il en soit, la reddition de Paris, si elle ne signifia pas la fin de la guerre, marquait cependant le début du règne effectif. Le «roi de droit et fort peu de fait, monarque d’un double parti jaloux l’un de l’autre» devenait le roi tout court.

La fin de la guerre étrangère

La situation demeurait trouble. Toute une partie de l’opinion catholique ne désarmait pas. Le 27 décembre 1594, Jean Châtel manquait tuer le roi. L’absolution pontificale de Clément VIII (17 sept. 1595) contribua à apaiser les consciences. Le calme ne fut, cependant, jamais général. Les paysans, victimes des exactions militaires et accablés de charges, se révoltaient (Croquants du Limousin, du Périgord, du Languedoc, etc.). Les Espagnols, installés en Bretagne et dans le Nord, restaient menaçants. Combiner la négociation avec l’achat des «consciences», pardonner sans illusions, séduire toujours ne suffisait pas. La victoire de Fontaine-Française (5 juin 1595), l’expulsion par le maréchal d’Aumont des Espagnols hors de la presqu’île de Roscanvel et, enfin, l’épuisement complet des deux adversaires en présence, décidèrent de la paix. Le 2 mai 1598, le traité de Vervins confirmait la paix de Cateau-Cambrésis. Une expédition militaire eut raison de la dernière résistance du duc de Mercœur en Bretagne, et la chevauchée royale s’acheva par l’acte hautement politique de l’édit de Nantes, signé le 13 avril 1598 dans l’ancien château des ducs.

2. Le règne effectif

La remise en ordre

La reprise en main du royaume devait, nécessairement, s’appuyer sur un certain nombre de forces politiques. Apparemment, trois groupes coexistèrent: le parti protestant, le groupe des catholiques royalistes, celui des catholiques ligueurs ralliés à temps, composé des parlementaires parisiens et des puissances «féodales», princes et grands nobles redoutables par leurs clientèles. Il existait entre ces groupes un consensus politique (l’urgence de la paix et de la reprise des affaires) et un support social commun (propriétaires seigneuriaux et acquéreurs d’offices). Enfin, la bourgeoisie d’affaires se retrouvait à la fois dans le camp protestant, catholique et parlementaire. Les divergences de détail restaient innombrables, les oppositions fondamentales profondes. Mais, momentanément, le dénominateur commun de la paix intérieure incarnée en Henri IV, ressenti comme une nécessité étatique par tous ceux qui étaient sensibles au «bien public», allait dans le sens de l’action royale. Le gouvernement de Henri IV représente donc une coalition de riches, regroupant provisoirement tous les détenteurs de grandes fortunes, ce qui explique la présence d’un entourage des plus composites. On y trouve le fidèle Sully, entré en 1596 au Conseil des finances (en droit seulement en 1601), grand voyer et grand maître de l’artillerie en 1599. Il n’occupe pas encore la première place au Conseil. À ses côtés, l’autre personnage protestant de marque est Barthélemy de Laffemas qui, dès 1596, exposait ses vues mercantilistes à l’assemblée des notables de Rouen. Face aux protestants, Villeroy, rallié de 1594, est chargé des affaires étrangères. Il est secondé par le président Jeannin, négociateur du traité de Vervins. Ainsi s’établit un premier équilibre de forces, les catholiques détenant le gage capital de la direction de la politique extérieure, qu’ils infléchissent souvent dans un sens pro-espagnol. L’économie et les finances reviennent aux protestants. Le personnage de premier plan est Pomponne de Bellièvre. Chancelier en 1599, l’ancien conseiller du Sénat de Savoie est devenu, pour un temps, une sorte de Premier ministre, marquant l’accord avec les Parlements.

À l’hétérogénéité de cet entourage politique correspond celui de la cour. Le mariage florentin, acte non seulement financier, mais aussi d’engagement politique catholique, a renforcé le groupe italien déjà solidement implanté depuis Catherine de Médicis. Pourtant le raffinement de l’ancienne cour des Valois est singulièrement compromis par l’arrivée en force des anciens chefs de guerre, bretteurs, querelleurs, avides au jeu. Henri IV s’entoure d’un sérail mêlé, où dominent les Gabrielle d’Estrées, Jacqueline de Bueil, Charlotte des Essarts, la marquise de Verneuil, toutes sensibles aux intrigues politiques. Cohabitant, sans trop de difficultés, avec ces aimables pécheresses, la cohorte des réformateurs religieux, tribu fort bien traitée, tente, non sans succès, d’influencer le roi. Parmi eux, la figure exceptionnelle d’un François de Sales ou d’un Bérulle annonce le «renouveau» de l’Église de France.

Il est difficile de qualifier cette politique. Elle est faite de pardons, de générosités calculées au plus juste, d’achats de consciences, tragi-comédie qu’interrompt parfois un indispensable coup de force du maître. La finesse narquoise du prince excelle à ces jeux subtils qui, cependant, l’impatientent de plus en plus. Partout «l’œuvre» progresse.

Au-dehors, Lyon, deuxième ville du royaume, restait très exposée. De plus, l’une des grandes voies royales de l’empire espagnol, conduisant de Milan aux Flandres par l’intermédiaire de la Franche-Comté, longeait la France. Une promenade militaire, amplement justifiée par la non-restitution du marquisat de Saluces et les incessantes intrigues savoyardes, aboutit au traité de Lyon (1601). La Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex parurent aux contemporains une médiocre compensation à l’abandon du marquisat de Saluces. Mais Lyon était désormais mieux protégée, et la route espagnole occidentale coupée.

À l’intérieur, Sully procédait aux trop classiques mesures de rétablissement des finances: annulation des lettres de noblesse accordées entre 1578 et 1598, économies, ventes d’offices, mais aussi diminution progressive des tailles (1598-1609), entérinée par le règlement de 1604. En même temps, il réussissait à reconstituer l’intégrité du domaine royal, plus ou moins démantelé aux époques précédentes. L’essentiel du règne se trouve cependant ailleurs. Les gouverneurs de province, dont les guerres de la Ligue avaient révélé le danger, voient se restreindre leurs prérogatives. Doublés par des lieutenants généraux, quelques-uns regimbent. En 1602, il fallut exécuter le maréchal de Biron, gouverneur de Bourgogne, puis, plus tard, ramener à raison le duc de Bouillon: l’un était catholique, l’autre protestant. La grande nouveauté est la systématisation du procédé d’envoi de commissaires départis, ancêtres des intendants. La monarchie centralisatrice s’installe.

Le développement économique

Sur le plan économique, Henri IV fait appel à Olivier de Serres. En 1601, vingt mille mûriers sont plantés dans les jardins des Tuileries. Mieux encore – et ceci témoigne d’une conception nouvelle de l’action administrative – le chapitre «sériciculture» du Théâtre d’agriculture d’Olivier de Serres est tiré à part, à raison de 16 000 exemplaires, un par paroisse. En 1599, Laffemas fait venir l’ingénieur hollandais Humfroy Bradley. En douze ans, la petite Flandre du bas Médoc et la partie aval des marais poitevins sont asséchées. Les édits mercantilistes se succèdent, tout comme fleurissent les essais d’industries nouvelles: tapisserie des Gobelins, verrerie de Melun, soierie de Dourdan, dentelles de Senlis, draperies de Reims et de Senlis. Le but est clair: diminuer les importations coûteuses d’étoffes de luxe, faire du pays un exportateur de ces mêmes produits. En 1602, Laffemas devient contrôleur général du commerce. Les corporations elles-mêmes n’échappent pas à la réglementation, limitée, il est vrai, par les privilèges et les monopoles accordés aux artisans et aux manufacturiers novateurs (édit de 1597 sur l’extension des maîtrises et des corporations).

Le renforcement de l’autoritarisme royal

L’équilibre précaire des forces antagonistes ne pouvait durer longtemps. Dès 1602, les signes de crise se multiplient. En fait, les ultras des deux bords s’accommodaient d’autant plus mal de l’état de choses existant qu’il ne manquait pas, dans l’Europe, de boutefeux intéressés. La paix avec l’Espagne faillit être rompue en 1604; Henri IV céda. Mais l’allié hollandais, déçu, réclama un soutien financier accru. Expéditions internes préventives, accroissement de l’effort d’équipement militaire français, exigences financières des alliés de l’intérieur et de l’extérieur ne pouvaient que compromettre les effets du redressement financier. Dès 1603, il faut de nouveau recourir aux expédients, aux traitants. Villeroy passe au second plan tandis que s’impose l’autorité bougonne de Sully. Gouverneur du Poitou en 1604, il prend la première place au Conseil l’année suivante. Sa mission est de trouver de l’argent. Le plus spectaculaire des expédients est, toujours en 1604, la création de la paulette, concession majeure accordée aux parlementaires. À longue échéance, la mesure marque tout aussi profondément la monarchie française que celles qui concernent les commissaires départis. Elles sont contradictoires entre elles et contiennent virtuellement quelques-unes des raisons majeures de l’écroulement de l’Ancien Régime. Mais Henri IV pouvait-il faire autrement? Face à l’instabilité de la situation extérieure, face aux dangers intérieurs, le renforcement de la bureaucratie royale et la diminution des pouvoirs traditionnels, il fallait lâcher du lest. La garantie donnée par l’édit de la Paulette aux propriétaires d’offices devenus propriété privée, constituait la concession indispensable.

Le renforcement de l’autorité royale, inscrite dans les faits, correspond bien à l’évolution de la personnalité du souverain. En 1604, Henri a cinquante et un ans. Il éprouve, après huit ans d’exercice du pouvoir, une sorte d’impatience devant l’accumulation des obstacles. Il s’accommode de plus en plus mal des réticences, discute moins, ordonne plus. Bellièvre perd son poste de chancelier en 1605, quitte le Conseil en 1607. L’étoile de Sillery, l’adversaire de Sully, monte. C’est vraisemblablement le signe de la nécessité qu’éprouve le roi de donner des gages. Le rappel des Jésuites, en 1603, procède de cette même optique, tout comme le choix du père Coton comme confesseur. La pression financière s’accentue. Les réserves sont constituées au prix d’acrobaties financières discutables. Plus que jamais, les grands financiers se tiennent dans l’ombre du trône, dont ils sont l’un des plus sûrs soutiens. Les dépenses non politiques diminuent, l’effort mercantiliste se ralentit.

3. La fin d’un règne

On voit à quel point la réalité du règne correspond mal aux images d’Épinal: la vision idyllique du paysan trouvant chaque dimanche sa «poule au pot», la phrase fameuse «labourage et pâturage, mamelles de la France». Contrainte à un jeu d’équilibre constant entre deux idéologies toujours prêtes à s’affronter, toujours méfiantes, s’appuyant sur une coalition temporaire d’intérêts provisoirement attachés au même maître, la royauté n’a guère la possibilité d’avoir une action profonde sur le pays.

L’abandon de la masse paysanne

Composer d’un côté, imposer de l’autre, à tour de rôle; la victime de cette nécessité est le peuple des campagnes. Le monde urbain, surtout le parisien, en souffre moins. Au relâchement du mercantilisme créateur correspond (cause ou effet?) une véritable politique de rénovation urbaine. La sensibilité artistique du roi n’est probablement guère en cause. Il cherche, tout simplement, à relancer la construction. D’où le plan grandiose de la place Royale, conçue primitivement pour les ouvriers d’une manufacture de soie et de fils d’argent; d’où encore l’aménagement de la place Dauphine, la construction du pont Neuf (1609), du pont Marchant (1608) et des lotissements des bords de Seine. Parallèlement, la vogue des châteaux privés s’exaspère. La grande vague de pierre qui s’apprête à recouvrir la France débute: signe qui témoigne de l’enrichissement des «classes» nouvelles et de l’exploitation du monde rural. Le fragile équilibre politique paraît s’être traduit par un abandon partiel de la masse rurale aux politiques économiques rurales nouvelles, résumées entre autres par la métairie. L’ambassadeur anglais Carew écrivait en 1609: «On tient les paysans de France dans une telle sujétion qu’on n’ose pas leur donner des armes [...]. On leur laisse à peine de quoi se nourrir.» Pour sombre que paraisse l’affirmation, elle ne laisse pas de correspondre à quelque réalité. Il convient donc de ramener l’importance des mesures prises par la royauté en faveur des paysans à de plus justes proportions; ce sont des mesures de circonstances destinées à pallier les effets des abus les plus criants: abaissement de la taille (pas toujours durable), restitution des communaux aux paysans, encouragements divers – dont on peut se demander quelle a été leur efficacité. À la vérité, le redressement rural est le fait de la paix retrouvée, parfois aussi des efforts de reconstruction des propriétaires.

En même temps, la reprise du mouvement démographique s’amorce. Ainsi, dans le comté nantais, le règne correspond au redressement de la courbe de natalité rurale, en baisse depuis les années 1560-1570. Dans le Languedoc, même reprise démographique, sur un rythme ralenti par rapport au XVIe siècle. Dans le Beauvaisis, l’époque 1580-1645 doit être considérée comme un «plafond démographique». La tendance à la reprise paraît donc nette, mais d’ampleur variable de région à région.

Au surplus, il n’existe pas encore de véritable unité économique française. Par la force même des choses, le rythme de la respiration économique, partant de celui des prix et des crises, est orienté, dans le nord de la France, par celui des grands foyers de la Méditerranée nordique, de l’Angleterre au Sund, en passant par la Hollande. Dans l’Ouest, en revanche, les liens de causalité sont plutôt ceux que déterminent les convois d’argent américain, alors que le Midi est soumis, de plus en plus, aux pulsations très particulières d’un monde méditerranéen qui a perdu de son importance. Ces domaines s’imbriquent et se superposent: les moyens d’action royaux restent, face à ces courants fondamentaux, des plus restreints. Finalement, l’activité royale permet la paix, la création d’embryons d’industries de luxe plus ou moins solides, la mise en chantier de quelques grands travaux de communication: canal de Briare, routes royales bordées d’ormes. La paysannerie peut d’autant moins apprécier ces réalisations que la royauté, s’appuyant sur les forces nobiliaires et bourgeoises en pleine crise de réadaptation structurelle, est obligée de composer avec elles. L’écart de fait, sinon institutionnel, entre les deux groupes, a provisoirement diminué à la suite de la pénétration de la noblesse terrienne par une bourgeoisie en plein essor. Non que la première ait été, nécessairement, en déclin, comme on s’est hâté de l’affirmer. Il ne fait cependant pas de doute que la bourgeoisie s’installe dans l’État, et surtout par les offices. Que la guerre extérieure reprenne, la superposition des charges rurales nouvelles aux exigences accrues de la fiscalité royale crée, à la fois, un climat révolutionnaire, et, rétrospectivement, l’image fausse d’un paradis perdu.

L’assassinat

L’assassinat se situe au moment précis où la reprise de la guerre européenne, quasi certaine, compromet, aux yeux de beaucoup, le modus vivendi établi depuis 1594. Bien des choses sont remises en question. La paix des consciences catholiques est troublée par l’alliance protestante, la lutte anti-espagnole. L’effort de guerre peut, à juste titre, sembler démesuré. Or, le temps n’a pu encore jouer en faveur de l’effacement des théories théologico-politiques antiroyales, tant des Ligueurs que des protestants. La disparition du roi est souhaitée par beaucoup. Le coup de couteau de Ravaillac n’est pas un accident. La postérité n’a gardé toutefois du Vert-Galant qu’une image idéalisée et consacrée par le martyre, image qui a été celle des contemporains le lendemain de l’assassinat, mais non point celle de la veille. Certes le règne n’a été marqué de «nul mécompte national», et s’il constitue une étape décisive dans l’instauration de la monarchie dite absolue, les mesures de circonstance y sont pour beaucoup. Il reste, provisoirement, l’acquis de l’édit de Nantes, dicté lui aussi par la nécessité. La gloire réelle d’Henri IV réside sans doute dans cette soumission exceptionnelle aux événements, qui lui a permis de les infléchir.

Henri IV
(1367 - 1413) roi de 1399 à 1413; petit-fils d'Édouard III; fondateur de la dynastie des Lancastres, il détrôna Richard II.
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Henri IV
(1553 - 1610) roi de Navarre sous le nom de Henri III (1572-1610) et roi de France (1589-1610); fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret. Il reprit la direction de l'Union calviniste après une abjuration forcée lors de la Saint-Barthélemy (1572). Successeur légitime, mais contesté, d'Henri III, il vainquit la Ligue en 1589 et 1590, puis les Espagnols (1595). Il abjura le protestantisme (1593), fut sacré roi à Chartres, le 27 fév. 1594, et entra dans Paris le 22 mars. Le 13 avril 1598, il proclama l'édit de Nantes, qui consacrait la paix religieuse en France; le 2 mai 1598, il signa la paix avec les Espagnols. Aidé par Sully, il donna au pays, ruiné, une économie saine. En 1601, il prit à la Savoie plus. territoires. Il allait reprendre la lutte (impopulaire) contre les Habsbourg, lorsqu'il fut assassiné par Ravaillac. Il avait épousé en 1572 Marguerite de Valois et en 1600, après annulation de ce mariage, Marie de Médicis, mais le "Vert Galant" eut de nombr. aventures.
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Henri IV
(v. 1050 - 1106) fils du préc.; empereur de 1056 à 1106, il fut entraîné dans la querelle des Investitures contre le pape Grégoire VII, qui l'excommunia (1076). Il obtint son pardon à Canossa (1077), puis reprit la lutte contre la papauté. Il fut déposé par son fils.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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